Hergnies : des jambes, de la pluie... et une belle séance de travail
Après plusieurs jours à surveiller la météo, je prends la route d'Hergnies avec une vraie envie de courir. Quelques averses accompagnent le trajet, mais rien d'alarmant. Le départ étant fixé à 16 h, nous avons largement le temps de préparer les affaires, de déjeuner tranquillement et de rejoindre le circuit sans stress.
À notre arrivée, le cadre est agréable. Nous nous garons sur la place du village, à l'ombre des arbres, même si le soleil ne sera finalement pas un sujet de la journée. Le sol est encore parfaitement sec et les courses des 1re et 2e catégories se déroulent dans de bonnes conditions.
Je récupère mon dossard, signe la feuille d'émargement puis pars reconnaître le circuit. C'est un parcours que je connais bien, identique à celui de l'an dernier et très proche de celui emprunté une semaine plus tard, toujours à Hergnies. Je profite de ce premier tour pour reprendre tous mes repères.
Le début du circuit est rapide. Après la ligne d'arrivée, plusieurs virages s'enchaînent avant de rejoindre une longue ligne droite vent de dos. Vient ensuite un enchaînement gauche-droite particulièrement délicat. Le second virage se referme, la chaussée est irrégulière et je me souviens des freinages d'urgence et des chutes de l'an passé, par temps sec. Plus loin, un autre virage à droite débouche sur la montée de la rue Charles Saint-Venant, avec, au sommet, une plaque d'égout qui avait elle aussi piégé plusieurs coureurs l'année précédente.
Le vent souffle fort, autour de 25 km/h avec des rafales proches de 50 km/h. Vent de dos dans la première partie, le rythme promet d'être très élevé. Dans la montée, les rafales arrivent de la droite et risquent de provoquer quelques écarts. La descente vers le chemin des Amoureux puis le retour vers la ligne d'arrivée complètent un circuit exigeant, où les trajectoires auront autant d'importance que la condition physique.
Je poursuis mon échauffement avec un deuxième tour plus dynamique. La pluie fait alors son apparition. Une grosse averse interrompt ma progression au moment où les coureurs de première catégorie reviennent sur moi. Je m'écarte pour les laisser passer avant de terminer l'échauffement sur des routes plus calmes à proximité du circuit. Rien d'idéal, mais les jambes répondent bien.
Dix minutes avant le départ, la pluie redouble. Les arrivées des catégories précédentes terminées, nous pouvons enfin rejoindre la ligne, non sans passer par un important goulet d'étranglement. Je me retrouve volontairement en dernière position du peloton. Les quatre chutes de cet hiver sont encore présentes dans un coin de ma tête et, sur un circuit devenu glissant, je préfère sacrifier quelques places au départ plutôt que prendre un risque inutile.
Le départ est donné.
Dès les premiers virages, le peloton s'étire. Je commence immédiatement à remonter des concurrents. Le premier enchaînement technique se passe correctement, mais quelques centaines de mètres plus loin, dans le fameux S, la pluie fait déjà son œuvre. Devant moi, ça freine brutalement. Deux coureurs sont éjectés vers l'extérieur du virage et terminent leur trajectoire dans le champ. Heureusement, sans chute.
Je relance aussitôt pour combler l'écart. À l'approche de la montée de la rue Charles Saint-Venant, le peloton est déjà découpé en plusieurs morceaux. La sélection est faite dès le premier tour.
Au sommet, un petit groupe se constitue. Dans la descente vers Hergnies, nous apercevons quelques coureurs quelques secondes devant nous. Sur la longue ligne droite de la rue Jean Jaurès, je prends un gros relais. Lorsque nous tournons à droite pour franchir la ligne, nous ne sommes plus que deux : un coureur de Roubaix et moi.
Pendant près de huit kilomètres, nous menons une véritable poursuite. Je prends la majorité des relais, environ les trois quarts de l'effort, bien décidé à rentrer. Notre travail finit par payer : au terme d'un tour de chasse, nous retrouvons ce qui deviendra le peloton principal, composé d'une quinzaine à une vingtaine de coureurs.
Impossible de savoir combien de concurrents nous précèdent réellement. Les informations circulent : certains annoncent quarante hommes devant, d'autres une quinzaine. La réalité se situe probablement entre les deux. Au fil des tours, nous récupérons plusieurs coureurs, sans toujours savoir s'ils décrochent du groupe de tête ou s'ils viennent de se faire prendre un tour.
Les jambes, elles, sont excellentes.
Je participe activement à la poursuite, enchaînant les relais appuyés et plusieurs accélérations. Mes tentatives se situent surtout dans la partie haute du circuit, notamment au niveau du chemin des Amoureux. Le revêtement y est très dégradé : nombreuses réparations, bosses, creux... On a presque l'impression de traverser un petit secteur pavé. C'est un endroit où il est possible de faire la différence, à condition d'oser maintenir la vitesse malgré les secousses.
La pluie continuera encore plusieurs tours avant de laisser place à une fin de course plus calme. Malgré une place anecdotique à l'arrivée, je quitte Hergnies avec un sentiment partagé. Un peu de frustration, bien sûr, car les jambes étaient vraiment au rendez-vous. Mais aussi beaucoup de satisfaction. J'ai retrouvé de bonnes sensations, repris confiance sur le vélo malgré des conditions très délicates et réalisé plusieurs efforts de poursuite de grande qualité.
Finalement, cette course n'aura peut-être pas été la plus belle sur le plan du résultat, mais elle constitue sans doute l'une des meilleures séances spécifiques de cette préparation estivale en vue du triathlon de Gérardmer.